Il y a vraiment des filles dont je ne voudrais pas parler tellement je me trouve stupide de les avoir aimées. Connaissant pertinemment mes sentiments à leur égard, elles ont alimenté ma solitude, en m’ignorant, me repoussant, sans jamais me parler, me laissant dans l’incompréhension et l’amertume. J’ai fini par apprendre que le rêve que je m’inventais sur leur visage était le plus bel amour possible, que leur image était tout ce qu’il m’était donné d’avoir, ainsi que tous les espoirs que lui attribuais. Ainsi, c’était à chaque fois plus beau et nouveau, mais elles n’y étaient pour rien, et je continuais la rencontre, tout seul, encore plus seul qu’avant. Celle-ci en fait partie. Il y en aura d'autres...

Je me souviens que je l'ai aimée longtemps, en Cinquième et en Quatrième, puis que j'ai passé ma Troisième sans même la voir. J'étais ami avec son frère Eddy, qui était dans notre classe à chaque fois, et il va de soi qu'il avait dû la mettre dans la confidence dès les premiers jours, et qu'elle a pris un malin plaisir à se jouer de moi jusqu'au bout de mon impatience à exister à ses yeux. Plus tard, lorsque je passais devant chez elle pour me rendre au lycée, je repensait à tout cela avec un mélange de tendresse et d'amertume.

Elodie et Karine, mes deux premières amours, sont les filles que je regrette le moins, étant donné qu'elles ne m'ont rien laissé, rien donné. Je me trompais sur elles, elles n'étaient pas faites pour moi. Et apparemment je n'étais pas fait pour elles. Mais j'étais bien le seul à en avoir conscience et à en souffrir...