L'automne approche. Dehors, le temps est gris, il va se mettre à pleuvoir. Je suis dans ma chambre, et je me blottis sous la couette. Mes chatons viennent se lover contre moi et s'endorment en ronronnant sous mes caresses, pendant que je visionne de vieux films en noir et blanc. Parfois, j'écoute une symphonie en fumant une cigarette à la fenêtre ouverte, en regardant le jardin, les lumières du soir, le vent qui vient, la ville qui s'endort. Puis je note sur ce blog quelques histoires de mon passé, comme j'épinglerais des photos de filles sur le mur de ma chambre d'adolescent. Elles me tiennent compagnie, l'espace d'un instant, puis je m'en retourne à mon présent, et je suis encore plus seul qu'avant. Plus seul que je ne l'ai jamais été.

Hier j'ai regardé "La Soif du mal", et j'ai compris ce que "Rumble Fish" devait à ce film. Je repense au personnage de Mickey Rourke, qui est daltonien, et qui ne voit que la couleur rouge des poissons. Je vis moi aussi dans ce noir et blanc, celui de la nostalgie d'un âge d'or, d'un temps révolu, celui de mes souvenirs, de celui que j'étais, de cette vie qui était plus belle avant, avant nous. Au temps de Debussy et de Chausson, de Gregory Peck et Gene Tierney, au temps de Rimbaud et Apollinaire, de Capra et de Lubitsch, au temps de Doisneau et de Ronis, de Boris Vian et Léo Ferré. Quant au rouge, ce seraient les filles que j'ai aimées, leurs lèvres pourpres, la passion qu'elles suscitaient en moi, ces jolies demoiselles frétillantes qui passaient sur le long cours d'eau de mon intranquilité, en narguant ma canne à pêche. Le rouge, ce sont les voyelles qui manquent à mon alphabet monotone.

C'est demain l'automne. Je suis à ma fenêtre, et je regarde les poissons passer, je n'ai même plus envie d'essayer de les attraper. Elles m'ont toujours échappé, me laissant dans le doute, elles peuvent bien continuer leur route. J'expulse la dernière bouffée de fumée dans la nuit tombée. Je vais me replonger sous ma couette, au chaud, tout seul, et je vais penser à t'oublier.

Toi qui ne me sais pas encore, et qui m'oubliera dès demain...

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Hommage à Willy Ronis, disparu samedi dernier à 99 ans...