Comme tous les ans début Novembre, j’ai eu droit à mon rêve avec Jenny.

Je suis au lycée, il y a donc quinze ans. J'ai dû être viré du cours, comme d'habitude, car je retourne à ma table, au fond de la classe, près de la sienne, et je la devine qui fait son sac pendant que je range le mien. Je la regarde s'en aller. Puis je me dirige vers la cantine, par la cour, et je la retrouve au bas des marches du grand escalier qui mène à la salle des profs, qui marche lentement en discutant avec son amie. On monte en même temps vers la cantine, et elle s’arrête pour m’attendre. Une douce surprise m'envahit. Elle me dit qu’elle fait une petite fête le lendemain dans sa chambre d’internat pour l'anniversaire de son amie, et pour le début des vacances, que j'y suis convié, qu’on pourra en profiter pour faire plus ample connaissance. Je suis troublé : elle ne me parle jamais, et là elle me propose de me joindre à son cercle d'amies. Il y a donc probablement une signification à cette invitation, et je me dis que je devrais en profiter pour tenter quelque chose. "Faire plus ample connaissance" quand même... Je lui dis que le lendemain, dimanche, je ne peux malheureusement pas ( à l'époque, on partait souvent le weekend en répétition à la campagne ), mais que j’aurais été très heureux d’y venir. Et, poussé par je ne sais quelle motivation soudaine et quel courage irraisonné, je finis par dire «  tu connais mes sentiments pour toi, c’est très gentil de vouloir m’aider », enfin quelque chose s'en approchant, et elle feint de découvrir, elle joue le trouble, enfin bref, elle m’emmène dans son monde merveilleux d'un simple regard souriant. Et elle me pousse à tout lui dire, à lui montrer les poèmes que j’écris pour elle. Souvent, dans un rêve, il y a une séquence où on bloque sur un truc, qui se répète et qu’on n’arrive pas à passer rapidement. Là c’est lorsque je sors des poèmes de la poche intérieure de mon imperméable, mais que je ne parviens pas à retrouver celui que je trouve le plus beau. Alors elle lis tous les feuillets chiffonnés, et le rêve finit quelque part par là. Je suis debout, près d'elle, dans le couloir, à attendre une suite, qui n'est bien sûr jamais advenue...

2004_11_10_Lyc_e_Jeanne_d_Arc

Certes ce rêve fait plaisir, mais là, avec ce que je sais de l’ignorance dans laquelle elle veut me garder, ça a quelque chose de gâché, de vain. Oui, à l’époque, peut-être, et encore. Et il fait mal aussi, parce que tout cela, ce trouble amoureux adolescent et ridicule, je ne sais pas si j'aurais encore le droit de le vivre un jour, et ça me manque. Je ne voudrais vivre que des instants de la sorte, même sans être aimé, pas plus qu'à l'époque. Mais ressentir des choses fortes et belles pour une femme, vivre pour le visage de quelqu'une, son sourire, l'espoir d'un mot, d'un regard. Frustration de l’époque, donc, malgré de belles choses prometteuses, et frustration de n’être rien pour elle aujourd'hui, après la réponse négative de sa part à mon appel à une nouvelle amitié. Ca fait un peu beaucoup. Mais j'étais content de la "revoir", gentille avec moi, comme jadis...